La Chose du MéHéHéHé

éditions MeMo 2019
Collection Polynie dirigée par Chloé Mary
Illustrations de Jeanne Macaigne
EAN : 978-2352894414

À la surface du ventre bleu de la mer, l’heure est grave. Une Chose rayée de blanc et de rouge, dure comme un coquillage géant et pourtant molle comme des algues, flotte. Il y a un truc qui cloche. Un gros truc qui cloche et qui, pour une fois, ne coule pas.
Pourtant, Mo, Saï et Vish en ont vu des choses bizarroïdes tombées du ciel. Pointues, carrées, monticules de plastique et de tiges, crachats noirs déversés sur leurs têtes de pieuvres. Mais une Chose comme celle-là, jamais.
En plus, il semble y avoir une surprise vivante à l’intérieur. Pire, cette Chose est presque aussi grosse que Krakenko, l’orque ogresse. Pire du pire, la Chose a une bouche, et probablement une petite faim.
Un Tcha-kou-tcha d’urgence s’impose avec les anémones albinos, le crabe cornu et toute la colonie des crevettes bouffies. Les questions fusent dans l’Antre. Et si la réponse se trouvait dans le MéHéHéHé ?

 

Le début de “La Chose du MéHéHéHé” :

— Ce coup-ci, c’est différent, dit Saï. C’est beaucoup plus gros.
— C’est vrai, ça, renchérit Mo. C’est gros.
— Mais ça ne coule pas au fond comme d’habitude, s’étonna Vish.
— Ah ben non, ça coule pas, opina Mo après un temps.
Au-dessus de leurs têtes, la Chose flottait comme un malentendu à la surface de l’eau. Les trois pieuvres ondulèrent autour. Lentement. Prudemment.
Ici, au beau milieu du grand ventre bleu de la mer, loin, très loin de toute terre, loin, très loin de toute île ou de tout atoll, le ciel crachait souvent des choses. Des choses rondes, des choses carrées, des choses triangulaires, des choses pointues, des choses tordues, des choses coniques, des brics, des brocs, des tubes, des tiges, mais une chose était sûre, le ciel ne crachait que des choses à moitié digérées et à moitié brûlées — bref, que des morceaux de choses. Et les morceaux finissaient toujours par s’enfoncer dans la mer.
Mais pas cette Chose-là.
Cette Chose-là flottait.
Et cette Chose-là semblait bel et bien entière, ni mâchouillée, ni carbonisée.
Une pieuvre méticuleuse et rigoureuse aurait précisé : formée de deux parties distinctes, l’une sphérique et dure, l’autre, flasque et rayée.
Or Saï était de nature méticuleuse et rigoureuse, aussi elle murmura :
— Ça a l’air dur comme un coquillage géant d’un côté, et mou comme des algues brunes de l’autre. Jamais vu un truc pareil.
— Ce ne sont pas des algues, ajouta Vish après avoir furtivement effleuré de ses ventouses la partie molle de la Chose. Les algues n’ont pas de rayures blanches et rouges. Enfin, pas dans le coin.
— Sûr, elles ont pas de rayures, répéta Mo.
Vish tâta de nouveau.
— Pas du plastique non plus, remarqua-t-elle, troublée. La matière lui laissait pourtant un étrange arrière-goût de déjà-vu.
— Tsst, s’emporta Saï en soufflant un bref jet d’encre nuit. Non, cette fois, c’est différent.
— Tu l’as déjà dit.
— Alors ça veut dire qu’on a peur ? interrogea Mo.
— Peut-être… répondit Vish, encore pensive.

© Image Jeanne Macaigne éditions MeMo 2019
© Image Jeanne Macaigne éditions MeMo 2019