NOUVEAUTÉ !

Éditions Cambourakis, 2026
Collection Radeau
Couverture : Jeanne Macaigne
ISBN : 978-2386691775
« On n’entre pas dans la danse sans avoir accepté d’y abandonner une part de soi, on n’entre pas dans le cercle sans être initié. Le hazar tango est une danse très ritualisée, surgie durant les années âpres au cœur de la Grande Nuit, après l’épuisement des énergies fossiles et l’orage magnétique qui provoqua le fameux Black-Out. »
Après une période de chaos, la faction Usko a pris le pouvoir, remédié à la disparition des énergies fossiles par le rationnement de l’hydrogène et monopolisé la production de graines et de semences. La résistance s’est organisée et Salem, une jeune botaniste à la sensibilité photosynthétique, danseuse de hazar tango à ses heures, est approchée par une organisation clandestine afin d’accomplir une mission délicate en compagnie d’une dresseuse d’ours et d’un vieux flibustier. Tout à la fois dystopie, roman d’aventure et expédition polaire, Hazar Tango nous entraîne dans un pas de deux sensuel et haletant.

GENÈSE ET COULiSSES DU ROMAN
Ce roman est né à la confluence de divers projets et a poussé sur plusieurs terreaux créatifs…
D’abord cette question qui m’habite depuis longtemps, avec cette course en avant délétère, l’épuisement des énergies fossiles et l’éventualité d’un Grand Black-Out. Comment vivraient les hommes d’aujourd’hui, si l’électricité venait à disparaître brutalement ? Aujourd’hui, nous en sommes tant tributaires, qu’à la moindre panne générale, le chaos s’installerait vite.
Alors quid d’un monde où l’électricité serait rationnée au point que la monnaie d’échange ne soit plus en devises, mais en Kilowatts ? Un monde basé sur de petites unités de production ; chaque quartier produirait sa propre énergie avec des techniques diverses (des procédés anciens, éolien, hydraulique, solaire, mais aussi nouveaux : piézolectricité ou photosynthèse artificielle), à l’échelle d’un logement. Un retour à une forme d’énergie humaine et mécanique, où chacun participerait à l’effort collectif, à l’image du projet de centrale électrique humaine hydropneumatique de l’artiste Melle Smet et Kris de Decker de Low Tech Magazine ou du projet néerlandais Humanpower plant.
Une question que j’avais déjà abordée par un autre prisme lors de l’écriture de la pièce Les Falopes pour la Compagnie les gOsses, avec le vélo-générateur utilisé par les comédien.ne.s tout au long du spectacle.
Hazar Tango a été aussi nourri de longues discussions avec l’un de mes proches, mon Capitaine Isidore, passionné de botanique et d’agronomie, autour du thème des semences et des graines originelles, mais aussi de souvenirs forts de temps passés en mer, à bord de son voilier.
Une réflexion autour d’un monde où une faction autoritaire gouvernementale aurait confisqué le patrimoine végétal par des brevets (tiens, tiens…) et où des groupes de résistance tenterait de sortir de cette mainmise et de réagir à la standardisation imposée par le catalogue officiel de l’industrie agroalimentaire…
J’ai écrit ce roman en plein Covid, dans cette folle période d’isolement social et de distanciation physique, et je crois que cet éloignement contraint a fait naître en moi l’envie irrépressible de contact, de toucher, comme un sursaut de vie, avec le personnage de Salem et une forme très particulière de tango dans le noir… Une danse, comme une forme de résistance.
Pourquoi le tango ?
Pour sa sensualité et son énergie, ses tensions, sa poésie des gestes. Parce qu’une vision hypnotique lorsque j’ai assisté à l’adaptation du Misanthrope de Molière par Karine Dedeurwaerder de la Cie les gOsses, où Célimène (Marie-Béatrice Dardenne) et Alceste (Grégory Ghezzi) dansaient le tango. Sans doute aussi un clin d’oeil au magnifique film de Stéphane Brizé Je ne suis pas là pour être aimé avec Patrick Chesnais et Anne Consigny, qui m’avait emportée dans ses abrazos et ses portraits décalés si subtils.
Après avoir mené un atelier d’écriture poétique avec des collégiens à partir du film Pina de Wim Wenders autour du travail de Pina Bausch, j’ai été hantée par une phrase de la grande chorégraphe : « Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus… »
Et puisque j’évoque là Wim Wenders, Taddeus et le Mouflet ont très probablement trouvés leurs racines à travers deux personnages qui m’ont marquée durant mes études de cinéma : celui de Travis (Harry Dean Stanton) et de son petit garçon Hunter (Hunter Carson), dans Paris, Texas, un de mes films fétiches et profondément fondateur. Leur relation m’a inspiré par ricochet cette idée de Mouflet, en particulier la scène d’anthologie ou père et fils qui viennent tout juste de se redécouvrir, marchent de part et d’autre d’une rue, chacun sur un trottoir, et où Hunter se met à adopter la démarche de son père en le mimant en miroir.
Cette aventure littéraire aura eu plusieurs vies. Je remercie Chloé Mary d’en avoir porté les prémices. Mais surtout, je remercie la magnifique équipe des éditions Cambourakis, un immense merci à Isabelle de son enthousiasme, de ses conseils précieux et porteurs, de son infini respect du texte ; merci aussi à Olivier, à Charlotte, aux lectrices et correctrices, ainsi qu’à Laura.
Enfin, grande joie de retrouver mon amie Jeanne Macaigne qui a réalisé la sublime couverture du roman. D’aucun lui trouveront d’ailleurs un petit air de famille avec celle de La Chose du MéHéHéHé…

Quelques images, qui m’ont habitée pendant l’écriture de ce roman.
Quelques liens vers les musiques qui ont émaillé l’écriture du roman, musiques écoutées parfois ad libitum ; je peux être très mono-maniaque quand je tiens une atmosphère :
Pour les scènes de tango, j’ai écouté en boucle l’album Memoria colectiva de Lalo Zanelli & Ombu découvert grâce au contrebassiste Xavier Nuñez Lizama du Collectif de l’Autre Moitié. En particulier, j’ai été emportée par Memoria collective, Barrio et Tierra Cuna…
Pour les scènes plus maritimes et portuaires : l’album Solnedgången Session du groupe de rock suédois Mando Diao (si on m’avait dit qu’on jour j’écouterais du rock alternatif suédois…)
En marge de l’univers d’Elea, La boxeuse amoureuse d’Arthur H dont le clip lui-même a, je pense, inconsciemment nourri la relation passionnelle et violente d’Elea et Kaiech ; et puis justement Jeux de la vie de Mokaiech (le prénom du chanteur a présidé au nom du personnage de Kaiech).
Je m’aperçois après coup que toutes ces musiques ont pour point commun des voix masculines rauques, pierres et tessons , voix qui contrastent avec la thématique intime plutôt féminine avec Salem, Volga et Elea. Il faut croire que j’aime les ambivalences. Mais peut-être toutes ces voix sont-elles celles de Taddeus ?